Contexte de travail
Depuis décembre 2020, des milliers de petits déchets plastiques (biomédias, supports de filtration biologique) échappés de la station d'épuration de Bastia Sud se sont échoués sur les plages voisines, en particulier à la Marana et à l'embouchure de l'étang de Biguglia (plus de 50 000 biomédias ramassés le 7 février 2021 sur environ 4 km de côte). Cette page présente une maquette exploratoire permettant de visualiser où les courants marins auraient pu transporter ces déchets flottants au fil des jours, selon différents modèles océaniques utilisés en entrée de la simulation.
Données et méthode
- Méthode : simulation lagrangienne (logiciel OceanParcels). On positionne virtuellement des dizaines de milliers de particules flottantes au point de rejet réel, et on les laisse dériver pendant 90 jours au gré des courants marins issus de modèles hydrodynamiques (Copernicus Marine / MARS3D).
- Trois scénarios comparés (menu déroulant ci-dessous) : un modèle à grande échelle (Méditerranée, résolution horizontale d'environ 4,2 km) et deux versions d'un modèle côtier plus fin, centré sur la Corse (résolution horizontale d'environ 400 m), l'une sur une période décalée d'un an faute de données disponibles au moment de l'étude, l'autre sur la période exacte de l'épisode réel (hiver 2020-2021).
- Limites : seuls les courants marins sont simulés (pas de vent direct, pas de vagues ni de houle, pas de comportement des déchets au moment de l'échouage) ; il s'agit donc d'une estimation de tendance, non d'une prévision exacte. Par ailleurs, la précision de toute simulation reste bornée par la résolution spatiale du modèle hydrodynamique utilisé en entrée (4 km, 1200 m, 400 m, selon le modèle) : c'est le niveau de détail maximal accessible avec les données actuellement disponibles. Des simulations plus précises supposeraient de disposer de données de courants à plus haute résolution spatiale.
Fenêtre géographique et temporelle : une échelle différente selon le modèle
Les trois scénarios proposés ne couvrent ni la même étendue géographique, ni la même période de courants réels. Il est essentiel d'en tenir compte dans la lecture des résultats : un modèle à grande échelle (Méditerranée) permet de suivre une particule sur une zone très vaste mais avec une résolution grossière des courants côtiers ; un modèle côtier fin (Corse) représente beaucoup mieux les courants près du littoral, mais sur un territoire beaucoup plus restreint. Une particule qui atteint le bord de ce domaine plus petit cesse d'être suivie et disparaît simplement de la carte, sans que l'on sache où elle continue sa route réelle.
| Scénario | Modèle hydrodynamique | Résolution horizontale | Emprise géographique | Période simulée |
|---|---|---|---|---|
| Axe 1 | MED MFC (Copernicus Marine) | ≈ 4,2 km | Méditerranée occidentale et centrale | 1er décembre 2020, 90 jours |
| Axe 2 | MARS3D « CORSE400 » | ≈ 400 m | Corse et nord de la Sardaigne | 1er décembre 2021, 90 jours (données alors disponibles, décalées d'un an) |
| Axe 2 bis | MARS3D « CORSE400 » | ≈ 400 m | Corse et nord de la Sardaigne | 1er décembre 2020, 90 jours (période exacte de l'événement réel) |
Résultats de l'étude : mise en regard des simulations et des observations de terrain
Au-delà de la carte interactive ci-dessous, plusieurs analyses complémentaires ont été menées pour établir un lien logique, prudent, entre la simulation de dispersion et les observations réelles collectées sur le terrain par les bénévoles Surfrider.
Les observations de terrain (signalements Surfrider)
140 signalements exploitables de biomédias échoués ont été compilés : date, commune, plage, nombre de biomédias comptés. Leur répartition géographique et temporelle permet de localiser précisément l'épisode documenté et d'en dater le pic.
La simulation numérique de dispersion en mer
La simulation de référence (modèle côtier MARS3D CORSE400, hiver 2020-2021, période exacte de l'événement) permet de représenter la trajectoire de dizaines de milliers de particules lâchées au point de rejet réel de la station de Bastia Sud, et d'évaluer statistiquement leur probabilité de passage à proximité du site d'échouage documenté (Marana / Biguglia).
| Indicateur (Axe 2 bis, hiver 2020-2021) | Valeur |
|---|---|
| Particules passant à moins de 5 km de la Marana / Biguglia (sur 90 jours) | 10 841 / 50 000 (21,7 %) |
| Jour médian de plus proche approche (particules < 5 km) | Jour 10 après le lâcher |
| Jour réel du pic d'échouage documenté (7 février 2021) | Jour 68 après le lâcher |
| Écart entre transport simulé le plus rapide et observation réelle | 58 jours |
La proximité géographique entre le point de rejet et la Marana / Biguglia (5,5 km, le long de la même façade côtière) rend un tel transport physiquement plausible. L'écart temporel constaté entre le transport le plus rapide simulé et la date réelle du pic d'échouage suggère toutefois que d'autres facteurs (rejet prolongé dans le temps plutôt que ponctuel, action du vent et de la houle non modélisée ici) interviennent probablement dans la chronologie réelle de l'épisode.
Vision d'ensemble à l'échelle de la Méditerranée (Axe 1)
À plus grande échelle, une seconde simulation (modèle MED MFC, résolution ≈ 4,2 km) permet de replacer l'épisode dans un cadre régional : la Corse retient-elle les particules localement, ou les exporte-t-elle rapidement vers d'autres façades méditerranéennes ?
Éléments de contexte plus large : d'autres témoignages d'échouage de biomédias
Le phénomène observé en Corse n'est pas isolé. D'autres témoignages d'échouages de biomédias ont été rapportés ailleurs en Méditerranée occidentale, à des dates et des échelles différentes : une quarantaine de biomédias échoués à Porquerolles entre mars et avril 2024, et une vingtaine à Minorque en mars 2024. Ces signalements ponctuels ne font pas l'objet d'une simulation dédiée dans cette étude ; ils sont mentionnés ici à titre de contexte, pour souligner que la problématique de dispersion de biomédias dépasse le seul cas de la station de Bastia Sud et concerne plus largement le pourtour méditerranéen occidental.
Explorer la dispersion simulée
Éléments de lecture
Cette visualisation illustre des tendances plausibles issues d'une étude exploratoire, non une reconstitution certaine de l'événement réel. Les résultats détaillés, leurs limites et les pistes d'interprétation prudentes sont développés dans le rapport complet associé à cette étude.